En route pour Sainte Hélène |

Des souvenirs plein la tête au retour du désert de Gobi, il me restait encore quelques jours avec mes compagnons pour assister au Nadam, fête nationale mongole. Revêtu de mon beau deel acheté au « marché noir » d’UB, j’étais paré pour profiter de la cérémonie d’ouverture au stade national, où se succédèrent militaires à cheval, danseurs colorés et athlètes, avant le discours du président mongol. La partie la plus étonnante restera toutefois le moment où les militaires en treillis se mirent à danser eux aussi. Surréaliste. Durant deux jours se déroulèrent compétitions de lutte mongole, où des colosses revêtaient des slips et des manches rouges ou bleus, des tournois de tir à l’arc, où les archers portant de tenues traditionnelles devaient faire tomber des cubes en bois, et des courses de chevaux où des gamins de moins de 12 ans chevauchaient sur des dizaines de kilomètres avant de franchir la ligne d’arrivée complètement épuisés.
Le dernier soir avait lieu un concert géant devant le parlement, où toutes les stars de la musique mongole étaient présent devant une foule en délire.

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Le jour J arrivé, j’ai dû faire mes adieux à mes compagnons de voyage avec qui j’avais partagé de si belles choses pour entamer un marathon de plusieurs jours qui me conduirait à Sainte Hélène, sur les traces de Napoléon. La première étape, rallier Pékin pour une escale d’une journée, l’occasion de visiter la Cité Interdite avant de m’envoler pour Johannesbourg en Afrique du Sud, puis Le Cap où je restais deux jours à attendre le RMS Saint Helena.

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Pour ceux qui ne le sauraient pas, Sainte Hélène est une petite ile dans l’océan Atlantique sud, à 1930 km des côtes africaines à vol d’oiseau, et 3500 km des côtes brésiliennes, ce qui en fait la deuxième ile la plus isolée au monde après Tristan da Cunha, plus au sud. Elle fait partie des territoires d’outremer du Royaume-Uni. C’est là que les Britanniques ont retenu prisonnier l’empereur Napoléon 1er en 1815, et où il est mort le 5 mai 1821.

Le Royal Mail Ship Saint Helena :
c’est un bateau de sa gracieuse majesté mesurant 105 mètres de long, transportant du fret et 150 passagers tout au plus. C’est à ce jour le seul moyen de transport permettant d’accéder à l’ile, à raison d’un voyage toutes les 3 à 4 semaines avant la mise en service de l’aéroport prévue pour 2016. Le voyage dure 5 nuits, puis le bateau est déchargé de sa cargaison qui permet de ravitailler les « Saints » en produits plus ou moins frais et en autres biens de consommation, rien ou presque n’étant produit sur l’ile. Après une paire de jours, le RMS reprend sa route vers l’ile de l’Ascension à 1300 km au nord-ouest, avant de revenir récupérer ses passagers (touristes comme habitants) pour les ramener au Cap en 5 jours de plus. C’est pour ainsi dire une véritable aventure que de se rendre sur Sainte Hélène, une sorte de voyage hors du temps qui rappelle un peu les expéditions maritimes des siècles passés… bon, en un peu plus luxueux malgré tout.

Prêt pour l'embarquement.

Prêt pour l’embarquement.

Bef, après ces quelques généralités, revenons à nos moutons.
C’était là mon tout premier voyage en bateau, et l’excitation était grande. Après avoir été accueilli à bord par l’équipage, je m’installais dans ma cabine sur le pont C, la moins chère disponible, réservée plus de 6 mois à l’avance. C’était une petite cabine au fin fond du bateau, près des douches, sans hublot, sans lumière du jour, de 6 à 7 m2 environ et comportant deux lits superposés, un lavabo, deux placards et un autre petit meuble avec quelques tiroirs. Très vite j’ai fait connaissance avec mon colocataire, Olivier, un des trois autres français se trouvant à bord. Le hasard fait parfois bien les choses.

En fin d’après-midi nous avons enfin pris la mer, par gros temps. Les creux de plusieurs mètres (10 mètres ont dit certains) ne facilitaient pas les déplacements. Comme de nombreux passagers je ne me sentais pas vraiment très bien, mon cerveau se sentant en perpétuel déséquilibre. J’ai dû m’allonger un peu en attendant l’heure du diner, annoncé par la sonnerie caractéristique qui allait ponctuer nos journées durant la traversée, les repas étant la chose la plus intéressante de la journée sur un bateau où les activités sont réduites. J’étais du second service, à 20h. Encore un peu endormi, j’ai mis une dizaine de minutes à trouver la salle à manger dans ce le dédale de couloirs et d’escaliers. La salle était à moitié vide ; beaucoup de passagers malades avaient gardé leur chambre. J’étais placé à une table de six mais nous n’étions que trois personnes, Lee, un britannique, et Urs, un professeur de pharmacologie en retraite de l’université de Genève. Ce dernier, très sympathique, mangeait absolument tout avec des baguettes chinoises. Le menu était digne d’un restaurant étoilé, et ne proposait pas moins de 4 plats. Ne me sentant toujours pas très bien, je me suis forcé à manger un peu, mais j’ai bien vite regagné mon lit. La position allongée était la seule que j’arrivais à supporter en ce premier soir. J’ai donc dormi une douzaine d’heures, plutôt bien, bercé par le ronronnement des moteurs.

La mer s’est peu à peu calmée et les jours suivants ont été bien plus agréables, quoiqu’assez monotones. La journée type peut se résumer à un lever matinal, vers 7h, suivi d’un très gros petit-déjeuner avec céréales, fruits, toasts et confitures à volonté, bacon et oeufs, jus de fruits, café, thé… La matinée était passée dans un des deux lounges à regarder les documentaires diffusés, lire, écrire ou discuter avec d’autres passagers du temps qu’étaient organisées des activités sur le pont, cricket et autres jeux britanniques. A l’heure du déjeuner, deux choix s’offraient à nous, le menu excellent de la salle à manger ou un très bon buffet servi dans le sun lounge. Les après-midi étaient propices à la lecture ou à regarder des films, ainsi qu’au repos car j’en avais bien besoin après trois mois de voyage. À 18h45 la sonnerie du premier service retentissait et à 20h celle du second service, avant de regagner la cabine.

Ces 5 jours ont été l’occasion de rencontrer des personnes d’horizon très différents, à commencer par les trois autres français du bateau, à savoir le consul de France à Sainte Hélène, M. Dancoisne-Martineau, Serge qui travaille dans le financement cinématographique, et Olivier qui a acheté une maison sur l’ile et tente de développer la commercialisation des produits issus de la distillerie de Sainte Hélène. J’ai également pu rencontrer plusieurs professeurs d’universités américaine, canadienne et suisse, des conseillers de l’ile et son ministre de l’éducation, un député britannique, des médecins, le patron de la société qui construit l’aéroport ainsi que certains de ses employés, des saints rentrant en vacances sur l’ile après plusieurs mois de travail en Afrique du Sud et ailleurs, ou encore des natifs de l’ile revenant sur les lieux de leur enfance. Pour ma part j’étais le globe-trotteur venant tout droit de Mongolie pour découvrir cette ile perdue et ses habitants, au grand étonnement de mes interlocuteurs.

Au matin du 6ème jour, nous avons aperçu ce petit bout de terre parsemé d’arcs-en-ciel sous un dôme de nuages. Le bateau a été accueilli par une bande de dauphins pendant que nous faisions le tour de l’ile pour jeter l’ancre dans la baie de Jamestown, sur la cote nord-ouest. La première vue de Jamestown qui m’est apparue était similaire à toutes ces vieilles gravures que j’avais pu voir, comme si la ville était restée figée au XVIIIème siècle.

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J’ai ressenti un forte émotion à la vue de ce rocher qui parait insignifiant mais qui est pourtant si mythique ! Après des moments d’attente qui m’ont parus interminables, les conteneurs ont été déchargés, puis est venu le temps de débarquer du bateau en plusieurs groupes pour prendre place à bord de petites embarcations et parcourir les dernières centaines de mètres, Sainte Hélène n’ayant pas de quai accessible pour un navire de cette taille.

Welcome to Saint Helena !

Sainte Hélène – l’attente from Dans les pas de Nicolas on Vimeo.

2 commentaires

  1. Coucou,
    Texte agréable et belles images. Tu deviens un véritable documentariste Nico ! Belles images, montage simple mais bien rythmé, on s’emmerde pas. Une nouvelle vocation (passion) peut-être !
    En tout cas l’arrivé sur St-Hélène est magnifique pour ne pas dire mystique avec un arc-en-ciel qui borde l’île impériale.
    Bises.

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